Ma première Désalpe

Ma première Désalpe

Chaque année, à la fin septembre, a lieu la Désalpe en Suisse romande. Elle consiste à faire descendre les vaches de l’alpages à la plaine, avant l’hiver. La tradition veut que chaque famille de paysans défile devant la foule dans une ambiance festive. Du haut de mes 30 ans, bien que je sois suisse, je n’avais encore jamais vécu cet événement, il me tardait de découvrir cette coutume bien de chez nous.

C’est à la Désalpe de L’Etivaz, au Pays-d’Enhaut que mon chéri et moi avons décidé de nous rendre pour vivre cette première expérience, le 30 septembre dernier.

A une quinzaine de minutes du centre de Château-d’Oex, le village est accessible par navettes, spécialement organisées pour l’événement. Il est presque 10h lorsque nous arrivons, l’heure à laquelle le premier troupeau est supposé défiler. Sur place, la foule est au rendez vous, mélangeant locaux, compatriotes et touristes. On y trouve de nombreux stands proposant des produits suisses, de nourritures, un terrain de lutte et des enclos avec des vaches, lapins ou chèvres. Il y a également de nombreuses animations dédiées aux enfants. La bonne humeur règne, tout le monde à le sourire aux lèvres. La simplicité prend vite le dessus sur nos tracas, le stress de la ville est resté en plaine et il est temps maintenant de profiter pleinement des bienfaits et de la convivialité de la montagne.

Neuf hommes vêtus du costume traditionnel annoncent le début des festivités aux sons de cet instrument si emblématique qu’est le cor des alpes. Plus un bruit dans le public, la mélodie appelle au respect. Je me place face à eux pour ne rien manquer du spectacle et j’admire le show du lancé de drapeau produit avec brio par l’un des armaillis. Beaucoup d’émotions passent en moi à ce moment, je suis partagée entre la honte d’assister à ce type d’événement si tard dans ma vie (je me rassure en me disant que la plupart de mon entourage ne l’a sûrement pas encore fait), et par la fierté de voir des personnes si dévouées, faire honneur à nos traditions.

Le speaker annonce l’arrivée du premier troupeau de bovins, difficile cela dit de le manquer, le son des cloches que chaque vache porte à son cou se fait entendre de loin. Tout le monde s’agglutine alors contre les barrières en bord de route pour être aux premières loges.

Une association ouvre le bal avec huitante bêtes, toutes ornées de hauts bouquet de fleurs multicolores sur la tête. Mon amoureux m’avait prévenu, le bruit des cloches peut devenir assourdissant. En plus des vaches, les paysans et paysannes paradent en rythme avec d’énormes cloche, assurant le spectacle entre les passages des troupeaux.

Une seconde vague d’émotions me submerge à ce moment-là… il m’est difficile de retenir mes larmes. Heureusement, mes grosses lunettes à soleil m’aident à cacher cette sensibilité que j’ai tant de peine à gérer. Il m’est difficile de décrire mon ressenti, j’éprouve beaucoup de reconnaissance et de respect pour chacune des familles qui défilent, je trouve ce moment unique.

Durant la journée,  huit familles traverseront le village de L’Etivaz. Elles auront parcouru chacune plus de huit kilomètres pour arriver jusqu’en plaine.

Visite des caves

Entre chaque passage, plusieurs animations sont proposées. Nous optons pour la visite des caves à fromage de l’Etivaz.

Nous sommes accueillis par la femme d’un paysan, producteur de fromage. Une forte odeur nous prend au nez lorsque nous rentrons dans le bâtiment, nous apprendrons par la suite que c’est l’ammoniaque dégagée par le fromage. La dame nous guident dans les couloirs et nous explique toutes les étapes de fabrication d’un fromage.

On y a apprend alors que chaque producteur achemine ses fromages 2 à 3 fois par semaine à la coopérative de l’Etivaz, tôt le matin ou en soirée. Après un bain de 24 heures dans une eau salée à 22% (similaire à la mer Morte), ils seront ensuite passés dans plusieurs caves différentes (bain de sel / chaude / d’affinage) dans des températures et taux d’humidité très précis pour finalement être retournés et frottés sur plusieurs semaines afin de former une croûte de qualité.

Un petit tour et puis s’en va…

La visite terminée, le bol d’air frais nous fait du bien. Le sentiment que je ne savais décrire plus haut est en fait une grande prise de conscience. Auparavant, je ne m’étais jamais intéressée d’aussi près au métier de paysan et durant cette journée j’ai vraiment pris conscience de leur dévouement pour leur travail. C’est peut être bête mais le bout de fromage acheté sous vide en grande surface prend tout d’un coup plus d’importance à mes yeux. Je me fais la promesse de m’attarder un peu plus sur ses origines et de ne pas le gaspiller ou l’abandonner au frigo.

Nous terminons par un tour au marché artisanal et passons quelques minutes à regarder les jeunes apprentis lutteurs s’affronter dans la sciure. Là encore, je suis surprise par le respect mutuel que les participants portent à leur adversaire bien qu’il s’agisse d’un sport de combat, il n’y a pas d’agressivité ni de réel violence.

C’est la tête remplie de ces beaux moments partagés et émerveillés de toute cette authenticité que nous repartons en milieu d’après-midi retrouver le brouhaha de la ville.

Encore un petit conseil pour les personnes qui souhaiteraient vivre ces instants les années prochaines, je vous conseille d’arriver tranquillement le jour d’avant pour ne pas vous lever à l’aube un samedi matin et vous recommande vivement l’hôtel Valrose à Rougemont. Nous y avons séjourné et avons été très bien accueillis. L’établissement, rénové il y a peu, est superbe et le restaurant est succulent.

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10 Comments

  1. Virginie - 24 octobre 2017

    Coucou,
    Je te rassure, tu n’es pas la seule ;-)
    Mais merci beaucoup pour l’idée, c’est une sortie qui pourrait aussi beaucoup plaire à mes p’tits loulous.
    Bises
    Virginie

  2. Daniel G. - 31 octobre 2017

    Je comprends bien cette émotion. J’étais aussi à l’Etivaz et c’est vrai que c’est émouvant.
    Pour les spectateurs la tâche est facile, mais ces familles ont dû se lever en pleine nuit, rassembler les troupeaux, nettoyer les vaches, les habiller de ces beaux chapeaux qui nécessitent également des heures de travail, puis se payer des heures de marche pour arriver au village. C’est sûr que ça force le respect.
    Pour ma part l’émotion vient quand on applaudit ces paysans.

    Participer à la désalpe ce n’est pas qu’assister à un folklore local, c’est aussi une occasion d’exprimer notre reconnaissance pour leur travail qui nous permet de consommer de délicieux produits laitiers d’excellente qualité à longueur d’année.

    • Mlle B - 5 novembre 2017

      Merci pour votre message. Je suis aussi très heureuse d’avoir pu vivre ce moment unique et authentique. Comme vous le dites dans votre message, nous ne pouvons avoir qu’une immense reconnaissance envers ces familles.

  3. Rossier Nicolas - 1 novembre 2017

    Je fais partie des neuf joueurs de cor des alpes. Je vous félicite pour votre magnifique compte rendu de la Désalpe de l’Etivaz. Nous aussi avons beaucoup d’émotions l’orsque nous jouons de cet instrument. Donc vos frissons et vos larmes de joie sont légitime. Bisous à vous.

    • Mlle B - 5 novembre 2017

      Merci pour vos gentils mots, je suis très touchée et honorée que vous ayez pris le temps de lire mon article. Cette journée est un moment dont je ne suis pas prête d’oublier et c’est en partie grâce à vous, MERCI!

  4. Philipp Michèle - 2 novembre 2017

    Bonjour.

    Je suis la coordinatrice de la désalpe et je vous remercie de ce magnifique article qui m’a émue.
    Vos photos et votre compte-rendu sont en toute simplicité et touchant comme la désalpe.

  5. Massard - 3 novembre 2017

    Bonjour,
    Superbe votre “reportage”, je suis de la région et sa fait plaisir de savoir que des personnes des villes apprécie le monde de l’agriculture et de nos racines. J’y étais aussi, mais comme spectateur avec mes enfants. Merci et bonne soirée. Stéphane.

    • Mlle B - 5 novembre 2017

      Bonjour Stéphane,
      merci pour votre message. J’encourage vivement toute personne de la ville et d’ailleurs de découvrir au moins une fois dans sa vie une Désalpe. J’ai passé un moment merveilleux et authentique.

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